Nouvelle-s d'Imaginarium-s #3

Septembre 2020

Dans cette troisième édition de Nouvelle-s d’Imaginarium-s nous abordons un enjeu clé de la transformation de nos imaginaires : notre rapport au Vivant. Beaucoup de chercheurs, d’auteurs et de créateurs en tous genres explorent déjà ce sujet et nous partageons avec vous quelques pistes de lectures. Et si vous voulez, avec nous, contribuer à ouvrir encore de nouveaux possibles pour l’avenir de notre relation avec les champignons, les virus, les plantes ou les animaux, nous vous lançons deux invitations ci-dessous.

Enfin, comme d’habitude, n’hésitez pas à réagir à cette lettre ou à la faire suivre à vos contacts qui pourraient vouloir participer à la démarche Imaginarium-s, s’abonner à cette lettre d’informations pour suivre nos projets !

ET SI…

… notre rapport au Vivant était en train de changer ?

Il y a un domaine où la mutation des imaginaires semble bien amorcée, c’est celle de notre rapport au vivant. Il est particulièrement frappant de voir la floraison éditoriale autour cette thématique. Cet été, Le Monde parlait du « tournant écopolitique de la pensée française », citant les grands précurseurs Michel Serres, Philippe Descola et Bruno Latour, et consacrant des articles à cinq de ces penseurs du nouveau monde : Vinciane Despret, Baptiste Morizot, Emanuele Coccia, Frédéric Keck et Nastassja Martin. C’est sans doute Emanuele Coccia qui va le plus loin dans la réunification du vivant. Dans Métamorphoses, il affirme que la métamorphose – ce phénomène qui permet à une même vie de subsister en se transformant, par exemple de la chenille au papillon – est aussi la relation qui lie toutes les espèces entre elles. Bactéries, virus, champignons, plantes, animaux : nous sommes toutes et tous une même vie. Cette continuité du vivant, Alain Damasio a réussi à l’incarner dans Les Furtifs, grâce à l’invention de ces êtres insaisissables dont on ne sait pas trop la nature puisqu’ils ne se laissent pas observer et mutent en permanence dans des hybridations improbables. Comme Damasio le dit dans le hors-série de Socialter consacré aux imaginaires, « le vertige de la SF est d’incarner une vérité plein corps, de la rendre vivante, vibrante, expérimentale ».

Frédéric Keck s’est fait connaître du grand public avec la pandémie, quand nous nous sommes tous demandés comment tout cela avait pu se produire. Il nous a aidés à voir pourquoi la « guerre aux virus » n’a guère de sens. Il nous a invités à redevenir des « chasseurs-cueilleurs » capables de prendre le point de vue des oiseaux, des chauves-souris, des singes, à voir dans les virus des signaux d’alerte qui affectent l’animal, et dont le « chasseur » peut suivre la transmission aux humains via les oiseaux et les cochons, ou les chauves-souris et les pangolins. Cette capacité à se « mettre à la place », c’est aussi celle que décrivent Vinciane Despret à propos des oiseaux et Baptiste Morizot à propos des loups.

Nastassja Martin, dans Croire aux fauves, raconte une rencontre entre un ours et une femme que d’autres auraient décrite comme l’attaque d’une anthropologue par un ours. En proposant son point de vue singulier et bouleversant, elle nous ouvre à une représentation animiste du monde qui ébranle nos certitudes naturalistes. Cette ouverture à des représentations du vivant comme un continuum dont l’humain est partie prenante passe par des interactions renouvelées dont les formes se cherchent et s’inventent. Morizot invite à la « diplomatie », Camille de Toledo, avec son Parlement de la Loire, cherche une voie politique problématique qui permettrait la représentation des autres vivants. La philosophe Joëlle Zask, dansZoocities, se refuse à imaginer une relation mutuelle en l’absence de langage, mais tente une expérience de pensée où la ville laisse de la place aux animaux sauvages. Ce faisant, elle propose une cité faite de niches et de passages, facilitant le voisinage, l’indépendance, la connaissance et l’attention. 

Ce texte est une version courte de la lettre envoyée en préparation de l’événement GERMINATIONS dont Imaginarium-s est co-organisateur.

Explorer ces nouveaux imaginaires à GERMINATIONS

Camille de Toledo (que l’on peut écouter ici en avant-première) et Joëlle Zask seront présents aux GERMINATIONS le 25 septembre après-midi. Ils proposeront aux participants une exploration de ce potentiel de relation, ce ET SI… indispensable à la survenue d’imaginaires non-dystopiques. L’ensemble de l’après-midi sera consacré à cette plongée dans des imaginaires qui rouvrent la possibilité d’un progrès. En deux temps. Le premier aidera à se mettre en chemin. Il s’agira en quelque sorte de déblayer le chemin de toutes les peurs et les préventions qui l’encombrent. Peur du sauvage, vertige de la bascule, addictions numériques, volonté de maîtrise… Nous nous immergerons dans les situations et les récits vécus et sensibles de celles et ceux qui s’y confrontent.

Dans un deuxième temps, les participants aux GERMINATIONS seront invités à tramer ensemble les ET SI imaginatifs et engagés de quatre intervenants dans quatre champs qui organisent ô combien nos imaginaires : le droit, l’éducation, l’art et l’information. Nous y retrouverons Agnès Foiret-Colletécouter ici) et Dominique Sciamma, qui insiste sur la puissance du design pour bifurquer (écoutez son témoignage ici). Le sociologue et analyste politique Erwan Lecœur aidera enfin à voir comment inscrire les propositions dans la vie de la cité, comment générer collectivement et concrètement ce désir de vivre autrement.

Les GERMINATIONS proposent d’agir avec le vivant, pour une économie résiliente. Elles sont destinées à toutes celles et ceux qui cherchent à ajuster leurs actions à leurs aspirations en rendant possible un monde changeant et vivant.

Dernières places disponibles ! Inscrivez-vous ICI

Les Germinations, 24 et 25 septembre 2020,
Ground Control, 81 rue du Charolais, 75012 Paris.

REALISATIONS

Deux épisodes des Imagineur.e.s à découvrir

Nous continuons la présentation des épisodes de la série créée pendant le confinement et disponible à l’écoute sur Soundcloud…

CHARLIE, épisode 3, est sur le point d’être élu maire de Paris. Les résultats vont être annoncés, Charlie réactionnaire dans l’âme va enfin pouvoir appliquer son programme de loi et d’ordre. Il se retrouve projeté dans la rue, dans un Paris qu’il ne reconnait pas et ce que les passants lui décrivent le fait halluciner. Le pouvoir est réparti en une multitude d’assemblées de toutes tailles. Et le pire c’est que ça a l’air de marcher. Mais comment va-t-il réagir de retour en 2020 ?!

/serie-les-imagineures

WAX, épisode 7, vient de recevoir des bottes en pangolin et les essaie immédiatement en influenceur consciencieux mais il se casse la figure et bascule en 2054 près d’une place noire de monde. Il découvre vite que la mode a changé radicalement : les gens sont réunis pour voter le style des trois prochaines années. Un cauchemar pour Wax !

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INVITATIONS

Qu’est ce que le futur représente pour vous ?

Commençons par un appel à contribution de nos amis du Réseau Université de la Pluralité qui s’interroge : "Qu'est-ce que le mot "futur" signifie dans votre vie ?"

Cet appel à contributions et signalements ne porte pas sur ce que le futur sera ou devrait être, mais sur ce que le mot « futur » représente pour vous. Pour le 8 octobre (le délai a été prolongé), envoyez une histoire, une image, un extrait, qui représente ce que « futur » est dans votre vie. Il peut s’agit d’un travail original ou non, dont vous être l’auteur·e ou pas (auquel cas, merci d’indiquer la source !). Postez-le directement sur la plateforme collaborative, ou envoyez votre contribution à info@plurality-university.org

Comme pour toutes les explorations thématiques du cycle U+ZINE, le contenu sera rassemblé dans une courte publication de type magazine (exemple ici).

Imaginarium-s et vous : demandez le programme !

Vous avez fait un bout de chemin avec l’Imaginarium-s au travers des rencontres, ateliers et projets menés au cours de ces deux dernières années. A un moment vous vous êtes dit que le projet était chouette et que vous aimeriez en savoir plus, vous impliquer davantage… et puis vous avez été happé.e par le quotidien, d’autres activités…

Et si c’était le moment d’aller un peu plus loin en ces temps incertains et brouillés ? Et si, comme dit Rob Hopkins, vous libériez votre imagination pour créer le futur que vous voulez ? Nous ne vous proposons pas un grand (et lourd !) engagement militant, nous vous invitons simplement à construire le programme avec nous. Nous avons en tête plein de pistes à explorer et nous aimerions leur donner vie en partant des attentes, des envies, des besoins que vous pourrez exprimer.

Ça se passera très simplement, en deux temps : un questionnaire pour connaître vos envies, tester des pistes d’action, nourrir le projet ; une rencontre (sans doute à distance) pour développer le programme envisagé avec celles et ceux qui le souhaitent. Le programme de l’année à venir c’est vous qui allez le co-créer !

A très bientôt

Hervé Chaygneaud-Dupuy,
Emile Hooge,
et toute l’équipe d’Imaginarium-s